Ces dernières années, les escrocs ont trouvé dans les réseaux sociaux un nouveau terrain de chasse. Des fraudes multiples qui ruinent chaque année des milliers d’épargnants. Pourtant, des recours existent, rappelle l’avocat au barreau de Paris Toni Landini (Possédant une expertise reconnue en Contentieux financier)
Un rendement garanti. Une vie de rêve filmée depuis Dubaï. Une formation censée transformer un smicard en rentier. Une cagnotte humanitaire qui s’évapore. Une lettre de Napoléon vendue comme un livret A de luxe. La fraude financière a changé de costume, pas de méthode : elle promet l’enrichissement rapide et laisse derrière elle des épargnants ruinés. Chaque année, des milliers de Français y laissent leurs économies. Heureusement, des recours existent - encore faut-il les connaître et les exercer.
Lien vers la Tribune publiée dans le JOURNAL DU DIMANCHE
L’escroquerie financière épouse tous les supports. L’une des plus spectaculaires reste l’affaire Aristophil. Entre 2009 et 2014, l’entreprise et son fondateur vendent en indivision des lettres et manuscrits prestigieux, présentés comme un placement sûr, avec jusqu’à 8 % de rendement promis. La réalité était tout autre : des pièces surévaluées - parfois de 90 % - et des premiers souscripteurs rémunérés par l’argent des suivants. Le 11 décembre 2025, le tribunal correctionnel de Paris condamne le fondateur à cinq ans de prison ferme pour escroquerie et pratiques commerciales trompeuses, qualifiant le montage de « pyramide de Ponzi ». Près de 8 000 parties civiles, un préjudice frôlant le milliard d’euros. Un appel a été interjeté : la condamnation n’est donc pas définitive.
Même mécanique, autre décor : l’affaire Apollonia. Cette fois, il ne s’agissait plus de manuscrits anciens, mais de biens immobiliers défiscalisés, massivement surévalués, financés par des crédits consentis sans les contrôles nécessaires. Plus de 700 victimes, un préjudice estimé à un milliard d’euros. En janvier 2026, les fondateurs sont condamnés à sept ans de prison. Notaires et assureurs avaient déjà été sanctionnés au civil. Le fil rouge est toujours le même : une défaillance partagée par toute la chaîne - émetteur, notaire, banque, intermédiaire - qui a fermé les yeux sur des anomalies criantes.
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Désormais, la fraude se vend aussi sur les réseaux sociaux. Des influenceurs autoproclamés spécialistes de la finance - les « finfluenceurs » -, souvent installés à Dubaï, monnaient leur audience pour vanter des placements sans agrément, des paris truqués, des cryptomonnaies miracles ou des formations censées apprendre à « devenir riche rapidement ». Le phénomène a pu prêter à sourire ; le fléau, lui, est bien réel. L’Autorité des marchés financiers multiplie depuis plusieurs années les mises en garde contre les recommandations d’investissement diffusées sur les réseaux sociaux, les plateformes non autorisées et les promesses de rendement trop belles pour être vraies. La loi du 9 juin 2023 sur l’influence commerciale a tenté de s’emparer du sujet.
L’un des premiers à avoir exhibé son train de vie pour séduire une communauté d’abonnés est Swagg Man. Déjà condamné à vingt ans de prison en Tunisie, il est poursuivi en France dans une affaire de faux placements crypto et immobiliers estimée à 1,8 million d’euros. Créé pour identifier ces réseaux et recenser les victimes, le collectif Aide aux victimes d’influenceurs s’est constitué partie civile contre Dylan Thiry, 1,7 million d’abonnés, poursuivi pour abus de confiance et accusé d’avoir détourné plusieurs centaines de milliers d’euros au préjudice de son association « Pour nos enfants ».
Plusieurs dizaines de plaignants visent par ailleurs le couple Marc et Nadé Blata, aux quelque 4 millions d’abonnés, autour des projets « Animoon » (dans les NFT) et « Blatagang » (dans le copy trading), pour un préjudice évalué à 6,3 millions d’euros. Swagg Man, Dylan Thiry et les époux Blata, poursuivis en France, demeurent présumés innocents et contestent les faits. Seule la condamnation tunisienne visant Swagg Man a, à ce stade, été prononcée.
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Le droit offre pourtant aux victimes plusieurs leviers décisifs. Le premier tient à la preuve. Ce n’est pas toujours à l’épargnant de démontrer qu’il a été mal conseillé : le professionnel doit pouvoir établir, par écrit, qu’il a respecté ses obligations. Un conseiller en investissements financiers ou en gestion de patrimoine doit prouver qu’il a adapté son conseil au profil du client, mis en garde contre les risques, remis les documents nécessaires et présenté honnêtement le produit. À défaut, sa responsabilité peut être engagée.
Le deuxième levier concerne la prescription. En matière civile, l’action se prescrit par cinq ans à compter du jour où la victime a connu les faits lui permettant d’agir. En matière de placement, cela ne signifie pas nécessairement le jour de la souscription, mais bien souvent celui où la perte, le mensonge ou le défaut d’information sont révélés. Ce point est essentiel : beaucoup de victimes renoncent trop vite, croyant leur recours définitivement fermé.
Le troisième levier tient à l’étendue des responsabilités. La victime n’a pas toujours face à elle un seul escroc insolvable ou volatilisé à l’étranger. Toute la chaîne de distribution peut être recherchée : émetteur du produit, banque, courtier, conseiller, intermédiaire. Une condamnation in solidum peut permettre de démultiplier les chances de recouvrement, en faisant peser la réparation sur plusieurs acteurs.
Ces procédures restent toutefois émoussées par leur lenteur. Il a fallu des années d’instruction dans Apollonia comme dans Aristophil. Or le temps judiciaire joue souvent contre les victimes : les fonds disparaissent, les sociétés se vident, les intermédiaires organisent leur insolvabilité. Face à des préjudices qui se chiffrent en dizaines de millions, parfois en milliards, il faut une appréhension plus rapide des faits, des moyens d’enquête à la hauteur et une réponse pénale proportionnée.
L’autre obstacle majeur demeure l’extraterritorialité. Lorsque l’auteur opère depuis Dubaï, loge les fonds dans des cryptoactifs ou les fait transiter par des sociétés offshore, la condamnation risque de rester lettre morte faute de pouvoir être exécutée. Le renforcement de l’entraide judiciaire internationale - au premier chef avec les Émirats arabes unis, devenus refuge de nombreux influenceurs poursuivis en France - s’impose. L’enjeu dépasse la seule épargne : ces flux opaques peuvent aussi nourrir le blanchiment, comme l’alertent depuis longtemps les autorités financières sur le détournement de cagnottes en ligne, de cryptoactifs ou de circuits financiers parallèles.
Au pénal, la plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction permet à la victime de se placer au cœur du dossier, avec accès à la procédure. C’est une voie à privilégier lorsque les éléments sont solides. Au civil, l’action en responsabilité ouvre droit à la réparation intégrale : capital perdu, perte de chance d’un placement adapté, préjudice moral. En parallèle, le signalement à l’AMF ou à l’ACPR peut nourrir l’enquête. Des mesures conservatoires - saisies, gel des avoirs - peuvent aussi être sollicitées en urgence pour figer les fonds avant leur évaporation.
La règle d’or tient en quelques mots : réunir, sécuriser, agir. Réunir les courriels, contrats, relevés, messages, captures d’écran. Les sécuriser, idéalement par constat de commissaire de justice lorsque les preuves se trouvent en ligne. Puis agir vite, avec un avocat spécialisé. Car dans ces dossiers, le plus grand allié des escrocs n’est pas seulement la naïveté de leurs victimes. C’est le temps qui passe.
La sophistication croissante des escroqueries financières — qu'elles passent par des influenceurs, de fausses plateformes ou des manipulations affectives — exige une vigilance constante et une réaction rapide en cas de victimisation. L'épargne des Français ne peut pas être livrée sans défense aux fraudeurs : des recours juridiques existent, et ils peuvent être efficaces à condition d'agir vite et de manière coordonnée.
Si vous vous trouvez dans cette situation, notre cabinet se tient à votre disposition pour analyser votre dossier, vous accompagner dans les démarches et défendre vos droits avec toute la rigueur que votre situation exige. Prenez rendez-vous avec notre cabinet pour une première consultation — chaque heure compte lorsqu'il s'agit de récupérer vos économies.
Vérifiez systématiquement si la société dispose d'un agrément auprès de l'Autorité des marchés financiers (AMF) ou de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Le site Regafi.fr recense tous les prestataires financiers autorisés. Consultez également la liste noire de l'AMF, régulièrement mise à jour, qui recense les sites et entités non autorisés ayant fait l'objet de signalements. L'absence de mention sur ces registres est un signal d'alarme majeur.
Oui, les premières démarches — signalement bancaire, plainte pénale, mesures conservatoires — doivent être engagées le plus vite possible après la découverte de la fraude. Dans certains cas, des fonds peuvent être gelés ou rapatriés via les procédures d'entraide judiciaire internationale. Un avocat spécialisé pourra également explorer la responsabilité des intermédiaires financiers qui ont laissé transiter les fonds, ce qui peut constituer une voie d'indemnisation complémentaire.
Oui, si l'influenceur avait connaissance du caractère frauduleux du placement, sa responsabilité pénale peut être engagée au titre de la complicité d'escroquerie. Même en cas de bonne foi, sa responsabilité civile peut être recherchée s'il n'a pas effectué les vérifications nécessaires avant de recommander un produit financier à ses abonnés. La loi du 9 juin 2023 sur l'influence commerciale a renforcé les obligations des influenceurs dans ce domaine.
Le délai de prescription de l'action pénale pour escroquerie est de 6 ans à compter du jour où l'infraction a été commise ou, lorsqu'elle est dissimulée, à compter du jour où la victime a pu en avoir connaissance. Il est néanmoins fortement conseillé de ne pas attendre et de déposer plainte dès la découverte des faits, afin de maximiser les chances de retraçage des fonds et d'identification des auteurs.